· 

Causerie rêveuse #6 - L’ArtBlock & le syndrome de la page blanche

Par la Team

Nouvelle année, nouveau concept ! Retrouvez chaque mois un entretien entre nos onironautes autour d'une thématique liée à l’art, la psychologie, la philosophie, le rêve ou tout autre sujet digne de réflexion.

 

Aoi : Pour ma part, l’artblock surgit surtout quand je cherche à raconter quelque chose (notamment en BD). Durant des années et des années j’ai produit et puis un jour, j’ai pris du recul sur mon travail et stop, plus rien. Chaque planche est merdique et du coup, je ne dessinais plus rien. Je me suis dis que j’allais passer à l’écriture mais ça n’a duré qu’un temps et puis progressivement (on parle d’une période de 7 ans là hein donc très progressif…), je me suis remise à des strips, et maintenant je refais enfin des planches. C’est un exemple pour souligner le fait que selon les cas, ça peut être très long (et du coup c’est du temps perdu sur lequel on aurait pu progresser dans le cas présent). Enfin... on s’en sort au bout d’un moment quand même ^^’

 

Blue : Qui parmi nous n’a jamais vécu l’Artblock, ou le syndrome de la page blanche ? Que ce soit en dessin ou en écriture, je suis très sujette à l’un ou l’autre. Pour moi, le syndrome de la page blanche, c’est une démotivation ponctuelle et soudaine qui paralyse. L’Artblock, par contre, est une période souvent liée à mon état émotionnel. Je le vis toujours lorsque je sombre dans un burn-out ou dans une phase dépressive et ça peut durer entre 1 semaine et plusieurs mois. Il faut savoir que même les plus grands artistes sont frappés par ce phénomène, j’ai souvent cru que j’artbloquais parce que j’avais juste pas le niveau de mes attentes et que ça n’arrivait jamais aux pros. Mais en fait, c’est très différent de cela. J’artbloque quand mon style ou mon imagination stagne, quand plus rien ne m’inspire. Et contrairement à ce que je pensais au début, c’est pendant mes Artblocks que je progresse le plus : mon point de vue sur mes productions se transforme et s’affine. J’en profite pour passer en mode “observation” de ce que font les autres, pour m’en imprégner et mûrir. Un beau jour, je me sens prête et ça redémarre tout seul. Donc au lieu de culpabiliser d’être bloquée, aujourd’hui je préfère me dire : “cool, c’est le moment de souffler et d’en sortir grandie !”. Et ça se passe beaucoup mieux.

 

Keep : Comme Blue, je pense que l’Artblock peut être productif, même si dans mon cas il peut durer des années, car on apprend de tout ce qu’on observe... et quand on se remet à dessiner, le style a évolué. En revanche le syndrome de la page blanche est ma bête noire : ce moment où je suis motivée, j’ai préparé ma table à dessin, mon matériel et quand je pose mon crayon sur le papier.. .le trou noir. Contrairement à l’Artblock, il ne me fait pas progresser mais me plonge dans un désespoir, un mépris de moi-même et me persuade que je ne suis bonne à rien en dessin. Je passe alors mon temps à faire quelques petits croquis automatisés, sans une once de créativité, et me lasse. Au final, la meilleure manière que j’ai trouvé de contrer ce syndrome c’est de lire beaucoup de mangas, de BD, de livres car il semblerait que cela diminue fortement mes chutes d’inspiration.

 

Raxa : Ce qui est étrange dans ma façon de vivre mes Artblocks, c’est que pour autant, je n’arrête justement pas de dessiner. Ce que je veux dire, c’est que j’ai le syndrome de la page blanche productive, j’ai envie de dessiner, j’ai ce désir profond d’être inspirée et de produire quelque chose, de même imparfait, mais satisfaisant. C’est donc dans ces moments que je me surprend à faire des croquis mécaniques sans le moindre sens ou intérêt et que, petit à petit, je m’enferme dans cette boucle et n’en sortant qu’avec difficulté. Donc pour moi, l’Artblock plus que de perdre l’envie ou de laisser sa feuille vierge, c’est aussi s’enfermer dans une routine qui me fait régresser dans ma créativité. Ces moments-là sont assez durs pour moi car en regardant mon travail, j’ai cette sensation de ne faire que me répéter, de n’avoir aucune imagination. Les seules solutions que j’ai trouvées pour le moment afin de me sortir de ces périodes... c’est de faire le plein de nouvelles références visuelles en allant regarder les travaux de mes illustrateurs préférés, en allant au cinéma ou encore tout simplement d’accepter, de poser le crayon, de ne plus forcer l’inspiration à venir et laisser le temps à mon esprit de se reposer, faire le vide avant de pouvoir se remplir de nouveau.

 

ClowSerenes : Ahah, un sujet que je vis actuellement, dans mon cas c’est un peu… traître je trouve. Je sais où je veux commencer mon histoire, comment je veux qu’elle se termine, mais je me retrouve face à ce “Euh… je mets quoi là…”. Cet instant où, à chaque fois que l’on écrit une ligne, on la supprime en se révoltant seul “C’est fade !”, ou encore “Ça plaira jamais !” et hop on reprend tout, s’enfermant dans un cercle assez vicieux il faut l’avouer. Ça fait une paire de mois que je suis dans cette situation-là, sans trouver de solution. De toute façon, il n’y a pas 36 manières de se sortir de cet état… dans le cadre de l’écriture en tout cas, mais je suppose que ça marche dans d’autres domaines : il faut “tout simplement” écrire… écrire encore et encore, des mots, peu importe ce que vous écrivez. Quoi ? Combattre le feu par le feu ? Oui, on peut résumer ça comme ça en effet, ahah !

 

Flech : Concernant les vidéos, j’ai toujours des idées de sujet à traiter qui me motivent. Cependant, lors du montage, il y a des phases de creux où je suis face au gros vide, et j’ai du mal à avancer parce que je ne sais pas comment illustrer tel passage, ou que je manque de motivation car il faut faire des captures de jeux compliquées pour débloquer la situation. Mais il y a toujours un moment où je me pose, je prends un papier, et je dessine ce qui pourrait être animé sur telle phrase, et ça va mieux après. Le début d’un montage est très dur car tout est vide et à créer. Alors que sur la fin, quand il ne reste plus grand chose, la motivation de finir la vidéo est à son apogée, stimulée par le plaisir de voir enfin publié le résultat final de tout ce temps de travail.


Et vous ? Vous arrive-t-il d’être confronté à ce terrifiant sentiment ? Que faites-vous pour vous sortir de cette torpeur ? Participez à notre causerie en laissant un commentaire :