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Rendez-vous en terres oniriques : Verdald Lotis

Propos recueillis par Yona

 

La forêt a déjà avalé les deux femmes lorsqu’elles se rencontrent sur le chemin plat délimité. Yona et Verdald se contentent d’observer autour d’elles pendant de longues secondes, admirant la nature qui les entoure.  Le bois referme autour d’elles d'innombrables couleurs enchanteresses qui s’étalent jusqu’aux profondeurs de ce lieu et qui rendent le spectacle réellement magique. Chaque détail respire la vie et attire l'œil, de l’herbe moelleuse qui accompagne les fleurs rebondies à la danse simultanée des feuilles au-dessus de leurs têtes. Verdald semble épanouie, elle marche avec légèreté, les guidant toutes deux d’un pas aléatoire. Yona la suit et prend son carnet, prête à l‘interroger.

On te nomme Verdald Lotis, quelle est l’histoire de ton nom ? 

Je chemine depuis toute petite à travers les arts, les yeux rivés vers le « beau », le cœur tourné vers l’Autre. Je vois la vie comme un chemin. Quelque temps avant mon retour dans l’association, j’ai fait le chemin intérieur vers « moi » pour y trouver le beau. Je cherchais à me nommer, c’est-à-dire à m’incarner dans le ou les mots auxquels je répondrais. Mes deux bâtons de marcheuse sont à ma droite la Vérité, à ma gauche, la Nature. Je suis convaincue que cheminer, être en mouvement - donc en vie - passe par une parole juste et une conduite naturelle, qui coule, qui va d’elle-même. Alors que je cherchais mon image, mon « moi » onirique, le nom est venu de lui-même. Je testais plusieurs combinaisons et arrivais à Verdald, mon prénom elfique, esthétique, rappel phonétique de la forêt (Wald en Allemand, une langue que j’affectionne). Pour Lotis, un manga de La Capitaine m’apportait ce nom de famille comme s’il m’était donné, car on ne choisit pas sa famille… ; chaque concept fondateur : le courage, la protection, la retenue, la lumière, possède un mot dans le langage runique du lotis. Le mot ne peut être manié que si la personne est liée intimement au concept qu'elle a « incarné ».

 

Yona reste suspendue à ses mots, les trouvant passionnants. Verdald, elle, a l’air d’être dans son élément, elle sourit et a le regard rivé droit devant elle, marchant comme si le vent la portait.

 

Et ton histoire, à toi ?

Je désire évoluer en Orbesonge, répond Verdald avec rêverie. Toujours proche de la nature, autant personnelle que sauvage, en vérité. Verdald Lotis c’est la conteuse voyageuse que je suis : souvent en voyage, ma vie est un conte, riche d'histoires. Je rêve ma vie, je vis mes rêves, conte et (me) raconte. J’échange des mots contre le temps. Mon moi onirique est lucide depuis de longues années… Il m’instruit beaucoup et fait remonter des choses... mmmh savoureuses ? Elle pousse un petit rire.
En Orbesonge, je communique beaucoup, je partage, j’échange et j’écoute mes camarades onironautes. Puisque nous partageons le rêve, que pouvons-nous partager encore ? Les contes illustrent bien la vie. Ils sont un guide, un chemin fictif qui permet de grandes choses, notamment la rencontre de soi. Tu me trouveras en Orbesonge les yeux au loin, les pieds toujours en mouvement, mon long manteau voletant au rythme de mes pensées. Quand je pense, je marche. Je suis accompagnée de Pacotille, une chouette poulette, littéralement, qui n’a jamais appris à marcher correctement. Tu as déjà vu une poule sautiller pour avancer ?

Yona jette un œil à son familier qui la suit et ricane joyeusement à mesure que leur marche devient entraînante et la pente de plus en plus distincte. Verdald, inspirante, reprend aussitôt :

Ouaip, c’est cette adorable boule de plumes blanches qui me suit. Pacotille est très chouette et affectueuse. Son histoire c’est un peu la mienne : une douce énergie qui traverse la vie avec enthousiasme, dans un espoir de transcendance. Est-ce que Pacotille deviendra le Phénix qu’elle est amenée à être ? Je me réjouis d’avance à cette perspective !


Je l’espère également ! Et dis-moi Verdald, tu dois avoir des passions ?

La vie est ma passion ! Sans rire. Je suis passionnée par ce qui me rend vivante. J’en suis avide. Cela se manifeste par les lectures initiatiques, philosophiques et spirituelles. Je lis sur l’émotion, l’histoire humaine, la psychologie, les religions comparées, etc. Je suis aussi passionnée par la culture japonaise. C’est dans la même optique de partage, de recueillement, d’équilibre des forces, et de place juste. Je pratique depuis peu l’art du kitsuke, la pratique du port du kimono m’inspire beaucoup ! Le kimono se présente comme un vêtement, beau, luxueux, alors qu’en fait il n’est autre qu’un assemblage de tissus, une croisée de savoir-faire. Et ce, toujours de la même manière quel que soit le kimono. Il se décline en autant de thèmes, de saisons et de sentiments qu’un humain vivra. En cela c’est très autobiographique ! Les fleurs, les paysages de la vie quotidienne subliment ce qui existe. En fait, je vois les tissus comme des œuvres d’art. Revêtir un kimono est-ce autant pour soi-même que pour la personne avec laquelle on interagit ? En effet, le choix vestimentaire de toute personne dit beaucoup de sa vision du Beau, des couleurs des valeurs qui sont importantes, mais il est aussi un moyen d’exprimer un remerciement en choisissant un somptueux kimono pour souligner l’importance d’une invitation par exemple. Le kimono est très relationnel !

Verdald continue de parler alors que les arbres se font progressivement plus discrets, le ciel plus visible et déployé. Elles le remarquent, Yona fait confiance en Verdald qui sait où elle va, bien que ses pas semblent aléatoires.

Enfin, le voyage. Voyage physique, spirituel, gustatif… De combien de pays ai-je franchi les frontières ? Je voyage depuis que j’ai 6 ans, à raison d’au moins un voyage par an. Je plonge aussi facilement dans la fiction transmédiatique, multimédia. J’adore écouter les gens, entendre des mots, vivre des émotions par les yeux de personnages. Encore un moyen de marcher, vivre et m’entourer de Beau… Le tout entouré de forêt et on atteint la perfection !

 

Le somptueux rire de Verdald se fait entendre. Elles poursuivent leur chemin, le ciel est déployé, elles serpentent et longent les courbes d’une apparente montagne, puis elles atteignent un escalier en bois. Celui-ci ouvre sur plusieurs autres semblables et plus hauts. Yona prend une grande inspiration en levant les yeux vers l’ascension qu’elles s'apprêtent à prendre et prend la parole lorsqu’elles se mettent à monter :

 

J’ai une question piège, un peu comme ce qu’on a sous les yeux, tiens ! Comment te définirais-tu avec le moins de mots possible ?

Je suis une femme lumineuse, au sourire inépuisable ?

 

Enfin, elles atteignent la dernière marche. C’est le sommet... Mais non ! C’était en réalité un semblant de sommet, une illusion, et tout est plat. Verdald encourage Yona avec beaucoup d’enthousiasme. Elles se remettent à marcher, calmement, elles prennent leur temps, elles écoutent leur respiration, leurs battements de cœur.

Soudainement, oui, enfin, c’est le sommet ! Elles y sont. Les arbres ont complètement déserté l’endroit mais il y a de belles pierres massives, témoins du temps qui défile, guides des marcheur·euses qui sont monté·es jusqu’ici. Verdald est fière d’elle, elle contemple l’immensité qui les entoure, Yona l’observe avant de suivre son regard.

Il y a là un paysage à couper le souffle. La montagne sur laquelle elles se trouvent n’en est qu’une parmi d’autres. Une autre, dont les courbes et la forme rappellent une femme endormie couchée sur le flanc, repose devant elles. À sa droite, deux monolithes semblent immortaliser un combat millénaire. Verdald s’est laissée appeler par cet endroit et cela inspire grandement Yona qui lui pose une nouvelle question :
 

Au sujet d’Orbesonge, comment as-tu découvert cet univers ?

J’ai découvert Orbesonge car j’étais là dès les premières explorations, en 2013-2014 ! Au commencement c’était… Plein de personnes réunies dans la tanière, pour celleux qui savent de quoi je parle, et nous partagions nos envies. On projetait déjà pas mal pour Orbesonge… La vie pour moi a suivi un autre chemin et j’en suis partie, mais les échos oniriques me parvenaient toujours. Sans faillir. J’y suis retournée à l’été 2020, alors que le monde faisait la fiesta. Quoi de plus rassurant sinon le monde infini des rêves ?

 

C’est génial ! Comment te sens-tu ici maintenant ?

Je m’y sens… Nouvelle ! Je rencontre de belles personnes qui me donnent des étoiles dans les yeux. Je ne m’attendais pas à cet effet « wouah » et ces rencontres si « wouhou ! ». Tu vois le genre ?

Elle a le regard d’une petite fille de cinq ans qui sautillerait sur sa chaise.

Je m’éparpille ! reprend-elle, les yeux remplis de fierté. Haha… Je suis incorrigible et j’en rate pas une ! Je me suis engagée à vendre du rêve aux journalistes qui pourraient relayer nos si enthousiasmantes activités. La situation COVID a mis au point mort toute tentative pour le moment. Affaire à suivre en 2021.


Et que fais-tu d’autres ?

Mon projet secondaire est de loin le plus passionnant : la réécriture de tous les textes explicatifs des cartes de notre tarot onirique ! J’ai eu la chance vertigineuse d’être initiée à la taromancie à Berlin en 2016… Et nom d’un petit boulon, le tarot ne sert pas à prédire l’avenir ! Jamais. Meh. Je m’y affaire à raison d’une carte par semaine. Enfin, autre mission, j’illumine, ou je floode au choix, les journées des gens avec de l’enthousiasme et de l’intérêt, au cœur de l’association et aussi de notre serveur Discord. J’ai à cœur d’aller voir en MP les nouveaux et nouvelles arrivant·es d’Orbesonge. Je me vois comme une médi(art)trice (merci à l’un de nos membres pour cette appellation !) : je m’assure du lien dans l’association en partageant mes poésies, dessins et autres créations et en donnant du temps aux bénévoles et à la communauté. Que chacun·e ait sa place !

Encore plus inspirante ! réplique Yona. Justement, que dirais-tu de ton inspiration ?

Elle est ma force de vie ! E-ssen-tielle.

 

Elles s’offrent des sourires avant de se retourner, et là, le spectacle continue : un splendide panorama de forêt dorée, rougeoyante et vivante et un lac aussi. Le tout pourtant plongé dans les bras de la nuit. Les deux tournent sur elles-mêmes et retombent sur la montagne aux courbes féminines.

Tu vois Yona, lance Verdald, devant nous... Je vois l'immensité, les possibilités. Le Possible avec une majuscule. Devant moi, je perçois la course du temps, la force de vie... l'infini qui s'exprime ! J'ouvre mes bras en grand, c'est magique ! Je suis toute petite, comme écrasée par cet univers infini... Et pourtant j'en fais partie ! Je suis cette montagne, elle est moi... Nous sommes l'univers et chacun des éléments que nous sommes est une manifestation du vivant ! Je suis en vie, cette montagne est en vie... N'est-ce pas fascinant ?


Oh que oui, conclut Yona. Inspirant pour quiconque capable de regarder cette scène et comprendre tout ce que ces montagnes dégagent et nous offrent. Merci Verdald, c’était formidable. Continue de briller et préserve ce sourire que j’ai déjà hâte de recroiser en Orbesonge !

 

Retour en terres plus réelles

Il fait une chaleur étouffante dehors, Verdald et Yona marchent calmement, leurs éventails comme meilleurs amis. Elles sont au Japon, à Uji, et une rivière borde une petite maison de thé traditionnel. Le repos et la nostalgie se lisent sur le visage de Verdald, elle aborde la journée qu’elle a passée ici il y a quelques années, c’était l’un de ses meilleurs voyages jamais fait ! C’est pourquoi Verdald emmène Yona ici, rythmée et surprise par les plaisirs qui s’enchaînent.


Uji est appelée “la petite soeur de Kyôto” lui apprend-elle également, souriante.


Elles ont traversé une bonne partie de la ville avant d’entrer ici. Les détails prennent le dessus, il y a tout un protocole harmonieux à respecter. Elles s’installent dans la salle de la cérémonie du thé et laissent place au spectacle jusqu’à ce que la maîtresse de cérémonie se retire. Yona et Verdald en ont presque oublié la raison de leur entrevue. Yona se concentre et commence : 

Tu es notre  chargée des relations presse, est-ce que ça fait de toi quelqu’une de très sociable ?

Euh… La réponse D ! Je suis… mmmmh, curieuse de l’autre ! J’aime parler, j’aime écouter, j’aime accueillir ce qui n’est pas « moi ». J’aime les mots alors je me presse vers quiconque me permet d’être entourée de mots, et dans le cadre de l’asso, de confier notre vie associative, de « faire parler ».

 

Quant à la relation avec autrui ?

Ma relation avec autrui ? Passionnée, fragile, puissante, émouvante, riche, douce, solaire, lunaire, de valeur, sur la base du don, spontanée, étincelante - comme les petits bâtons qu’on allume et qui font pshiiiiii, tu vois ?- belle, nourricière, nécessaire et transcendantale, vécue comme un cadeau ou comme un engagement : voilà ce qu’est ma relation à autrui.

 

Elle énumère en même temps chaque réponse sur ses doigts, les mots sortent naturellement, c’est presque une évidence pour elle. Elle finit par offrir un beau sourire qui la sublime.

 

Et dis-moi Verdald, comment travailles-tu ?

Alors ! Voilà. Générique ! J’utilise volontiers la carte « je suis une artiste qui place le beau en premier » avec une pensée en arborescence pour te donner la réponse. En gros, je travaille avec mon cœur (est-ce que j’aime ce que je fais ?), j’ai une vision (qu’est-ce que je projette ? où vais-je ?) et mon cerveau fait le reste (grosse grosse conception). Et je m’éparpille. Voilà voilà ! 

Elle affiche ensuite un visage plus sérieux et poursuit :

Non vraiment. Je suis multiprojets. En gros, je travaille n’importe quand, n’importe où, pour n’importe quelle raison. Si je suis vivante dans mes projets, alors le temps passe vite. Si je me meurs, le temps me rappelle à chaque tic de l’aiguille. Je travaille autant que faire se peut entourée de livres, et de choses qui nourrissent autant l’esprit que le cœur. Le plus souvent dans le calme et le silence, ou dans la sérénité d’une bonne playlist. Pas de routine, rarement ! J’ai eu la chance dans mes études et mes boulots d’être souvent indépendante ou seule, entourée de belles choses.

 
Je me demande si ton inspiration a des limites ?! Ou des boosters ?

Aucune. Les limites de l’inspiration sont les fruits de notre imagination. Je m’y tiens depuis la 5ème, soit la décennie dernière, et cette assertion ne m’a jamais trompée. Le rêve ! À nouveau, je suis rêveuse lucide et je complète ici : depuis mes huit ans. J’ai eu beaucoup de choses à traverser. Communicante passionnée : par le théâtre, en tant que déléguée, blogueuse, un petit peu conférencière, concours d’éloquence, trois petits points, je me booste par le partage. Je me sers des mots pour projeter ce que j’ai dans le cœur et HOP ! J’en fais quelque chose. La magie verbale agit en moi et je chemine, en détalant parce que j’ai peur de perdre ladite inspiration. Le plus beau booster c’est la relation chez moi. Que quelqu’un·e me donne du temps, qu’on partage… et j’écris x pages, je dessine x heures, ou je réconforte x personnes simplement parce qu’on m’a donné un peu d’amour. C’est très puissant.

 

Passionnant ! Maintenant, tes projets futurs, quels sont-ils ?

Je monte aujourd’hui un projet autour du kitsuke mais il est encore trop tôt pour le dévoiler. Sur la tout doux liste est aussi inscrit « voyage » et puis, tant qu’à faire fonder une famille... HOP !

 

Fabuleux tout ça ! Et pour finir, as-tu une citation fétiche ?

Nope ! Les mots vont et viennent, à chaque période, pour chaque ami·e, en toute occasion vient une citation. Cela dit : « Chaque jour est une nouvelle raison de sourire » me correspond bien !

 

Et ces sourires communicatifs qui ont la force de se propager, d’envoyer des ondes positives, de partager le bonheur, ce sont ces sourires que Verdald souhaite offrir au monde entier, les jeter par bouquets à chaque personne croisant son chemin. Faire vivre la lumière, et s’inspirer du monde entier.