· 

Rendez-vous en terres oniriques : Flint Moriarty

Propos recueillis par Yona

 

Au sommet d’une montagne de marches, un grand bâtiment blanc se dresse majestueusement. Tout en montant l’escalier de marbre, Yona se demande ce que c’est, et ce n’est qu’au sommet que Flint lui apprend que c’est un palais de justice. Il est adossé contre un pilier, l’endroit semble désert. 

Alors Flint, c’est ça ? Peux-tu te présenter ?

Hum… Je suis Flint Moriarty, scénariste et vidéaste intègre au sein d’Orbesonge. Disons que je dépanne sur certaines tâches où je peux apporter ma contribution. Je me sers de mes connaissances pour Orbesonge et je me sers d’Orbesonge pour mes propres projets. C’est une coexistence en symbiose.

 

Yona répète sa dernière phrase, la trouvant inspirante puis la note dans son carnet avant d’enchaîner :

D’où vient ce pseudonyme ?

Ce pseudo est l'aboutissement d'une longue réflexion : il n'est pas qu'un simple surnom pour les mondes virtuels. C'est une identité complète possédant un prénom et nom de famille. Le prénom « Flint » vient du capitaine Nathaniel Flint, issu de « La planète au trésor » et n'a rien à voir avec du silex ou autres informations erronées que l'on peut trouver en le tapant dans la barre de recherche. Le nom de famille « Moriarty » n'a pas une inspiration trop compliquée et je pense que la plupart peuvent identifier facilement la référence : un personnage que j'apprécie par-dessus tout... Le tout donne « Flint Moriarty » : un personnage à la fois fictif, de ma propre invention, que je n'hésite pas à utiliser dans l'écriture de mes projets, mais également une identité réelle : je réponds très bien à ce nom sans aucun problème.


Parfait Flint Moriarty ! Justement, parlons écriture, d’où vient cette passion ?

Flint se touche le menton en réfléchissant, perdant son regard sur le ciel obscur avant d’offrir une réponse : 

Excellente question. Je ne saurais répondre moi-même. Elle a toujours été là en fin de compte, même si sa première manifestation concrète ne s’est révélée qu’en 2015. Pour l’anecdote, c’était durant un exercice de communication. L’ensemble du groupe devait définir dix mots allant du registre familier au registre soutenu. On a eu le droit à beaucoup de mots qui n’avaient rien à voir entre eux, comme « bagnole », « carotte » ou encore « biche ». Pour ma part, j’avais choisi « épitaphe ». Avec tous ces mots, il fallait écrire une déclaration d’amour (la consigne nous a été communiquée une fois les dix mots choisis). Là où tout le monde cherchait à enchaîner tous les mots en une ou plusieurs phrases expéditives, j’ai cherché à me démarquer. J’ai écrit ma propre déclaration sous forme de poème à rimes. Et je ne cacherai pas avoir éprouvé une immense satisfaction personnelle lorsque seul mon écrit a été lu devant toute l’assemblée.

Son expression faciale témoigne de sa grande fierté, lui qui semble se montrer très réservé et secret. Il affiche un faible sourire et poursuit :

J’ai même eu droit à mon quart d’heure de gloire où toutes les filles m’ont posé des questions. Elles ignoraient que j’avais cette « sensibilité ». Aussi, tous les garçons m’ont demandé à qui était dédié ce poème, car, oui, un prénom était mentionné. La « belle époque » en somme.

 

Saurais-tu répondre si je te demandais ce que tu trouves dans l’écriture ? Ce que ça t’apporte au quotidien.

Pour être tout à fait franc, je vois l’écriture comme un outil pour créer mon propre monde. J’y trouve un certain réconfort que la réalité ne peut m’offrir pour le moment. L’écriture m’apporte de la satisfaction et je suis toujours ravi d’entendre l’avis constructif d’autrui. Plus sérieusement, elle m’apporte aussi une immense richesse en connaissances, car n’importe quel sujet traité demande des recherches approfondies et j’en apprends beaucoup.

 

On dirait bien que ça te rend heureux oui, et par rapport à Orbesonge, qu’est-ce qui t’a plu ici ?  demande Yona en balayant du regard la grandeur de la place où ils se trouvent. 

L’humanité des personnes ? Les p’tits gâteaux ?... La liberté de créativité. Même si « le thème est imposé », ce qui est normal, on peut...

 

Il s’arrête doucement et reprend avec plus de conviction :

En fait, je décrirais Orbesonge comme un système galactique : Orbesonge est une étoile autour de laquelle gravitent plusieurs planètes que sont les artistes. Retirez l'étoile et toutes les planètes auront un mouvement brownien... et attention à la collision ! Enfin, c'est un peu grâce à la collision de certains de ces astres qu'est née l'étoile Orbesonge.

 

Orbesonge comme une étoile... j’aime beaucoup ! Et que cherches-tu à faire ici ?

C'est surtout un défi personnel. Le fait d'écrire pour Orbesonge me permet de visualiser les points que je pourrais améliorer à l'avenir. Mais surtout c'est le côté humain, que je néglige d'ailleurs beaucoup trop souvent, qui est vraiment précieux. Ce n'est pas tant la visibilité des autres que tu peux gagner, mais bien la visibilité que toi, tu peux apporter aux autres. Un regard sur une œuvre, un conseil à donner, c'est par ces petites attentions que l'on peut grandir sur le point de vue spirituel, onirique presque j'ai envie de dire ! Et c'est ce côté humain qui permet d'accomplir ses objectifs personnels et d'en ressortir plus sage. Même une petite action, aussi simple soit-elle, peut en aider plus d'un.

 

L'entretien laisse Yona méditative sur les réponses apportées. On sent qu'il y a une certaine spécificité que la jeune fille n'arrive pas à cerner totalement. Le lieu et son atmosphère ajoutent de surcroît une part de mystère... Tout de même, une phrase retient son attention : Orbesonge, une étoile, un système galactique... Les deux personnes finissent par se quitter. Yona descend lentement les marches de l’escalier, laissant Flint sur le parvis du palais, méditatif, le regard tourné vers un point invisible que lui seul semble percevoir. Yona lève les yeux au ciel, puis se concentre sur son carnet. Elle y dessine une étoile : Orbesonge.

 

Retour en terres plus réelles

Un ciel azur, de la verdure et... un panneau !

Celui-ci indique « Château de Nacqueville » et ouvre sur le long chemin menant au bâtiment reconnaissable. Après des heures de train, Yona n’a qu’une hâte : se dégourdir les jambes, ce qu’elle fait immédiatement. Le coin est calme, assez secret, les promeneurs semblent être des habitués et des curieux. Yona marche lentement, Flint est également de ceux qui savourent l’instant, il regarde l’architecture et pense tout en marchant. Leurs chemins se croisent gentiment, ils peuvent reprendre leur entrevue, appréciant la vue sur l’édifice qui s’approche de plus en plus alors qu’ils se laissent rattraper par d’autres qui veulent l’atteindre à base de grandes enjambées.

Alors Flint, lance Yona, te souviens-tu du premier scénario que tu as écrit ? Peux-tu le raconter ?

Je vais me référer au premier scénario « sérieux » que j'ai écrit, commence-t-il. J'en ai écrit bien évidemment plein d'autres dans mes jeunes années, mais autant parler de mon réel premier aboutissement. Il s'agit pour faire simple du prologue de Sword Art Online, qui n'existe pas je précise ! Plus sérieusement, ce scénario illustre les débuts de la nouvelle réalité virtuelle. Pas celle d'aujourd'hui avec le casque qui donne la nausée qui est, à mon sens, encore très bancale, mais la première parfaite. Un monde virtuel créé de toute pièce où l'esprit... Bon j'imagine que tout le monde a vu SAO et je n'ai pas besoin de le développer !

 

Intéressant !

Le petit plus est au niveau du message que je souhaitais faire passer : mon personnage principal était dans un fauteuil roulant, mais il pouvait se mouvoir librement dans cette réalité virtuelle. De ce fait, difficile de vouloir quitter un monde théoriquement parfait pour retourner à la triste réalité qu'est notre vie. Mais vu que notre corps et notre esprit ne font qu'un, il faut savoir reconnaître ses propres limites personnelles et ne pas abuser de ce cadeau. Enfin... chacun·e l'interprète comme il le souhaite.

 

Oui évidemment, d’ailleurs, tu as d’autres passions ?

Comme beaucoup de gens sans doute, j'adore le Japon... Non plus sérieusement : J'ADORE LE JAPON ! En fait, je suis passionné par ce qui touche de près ou de loin à la culture asiatique, en particulier le Japon ou la Corée du Sud, ce qui ne m'empêche pas d'être curieux à propos de la Chine ou de Singapour. Trois piliers : la nourriture, la culture (j’entends par là le paysage, l’histoire, la spiritualité, etc.) et la mentalité, que je trouve par moment plus proche de mes convictions que la mentalité française. Je pourrais en faire une dissertation complète, mais je fais le choix de m'arrêter ici et maintenant.

 

Très bien, poursuit Yona, alors continuons. Tu es scénariste, comment as-tu développé cette passion pour les courts-métrages ?

Il faut tout d'abord bien comprendre que les courts-métrages ne sont pas les scénarios. Je m'explique : les courts-métrages sont trois choses qui forment un tout. Un scénario, un tournage et un montage. J'aime beaucoup écrire, je m'éclate à monter, mais... Je ne dirai pas que je n'aime pas tourner, parce que c'est faux, mais il faut bien comprendre qu'un tournage S'ORGANISE. C'est pour moi la partie la plus éprouvante mentalement. Il nécessite des disponibilités de l'équipe technique, accordées avec les disponibilités des acteur·ices, des autorisations, des lieux adéquats, un rassemblement infernal du matériel, et surtout, la chose que j'oublie fréquemment, mais qui peut faire gagner un temps monstrueux : le découpage technique.

 

Yona l’écoute attentivement et l’invite à poursuivre du regard. Flint reprend :

Il s'agit d'un croquis grossier de chacun des plans que tu vas tourner. Je ne sais pas réellement comment est venue cette passion, mais disons qu'à un moment de ma vie, je me suis posé la question de ce que j'aimerais réellement faire et je me suis orienté vers la réalisation cinématographique. J’ai ma propre vision du monde et je souhaite l’exposer et la partager à travers ces réalisations. Mais ce que je préfère de loin, c'est écrire... Et je me fais de ces fous rires lors de certains montages !

 
J’imagine bien ! Tu en fais depuis combien de temps ?

J'en fais depuis 2015. Il y a malheureusement quelques projets que je n'ai pas pu amener jusqu'au tournage, mais j'espère un jour pouvoir le faire... quand j'en aurais les moyens et le temps, surtout les disponibilités liées à l'organisation complète. Une chose notable aussi, petit message personnel à ceux qui regardent mes courts-métrages aujourd'hui : je me rends compte des points améliorables dans ceux que j'ai déjà faits. Ils manquent de rythme. Même si l'histoire est cohérente, l'ambiance globale manque cruellement de rythme et on a parfois envie que ça bouge légèrement plus ou que ce soit plus intense, et je suis parfaitement d'accord. C'est un point essentiel que j'essaierai de corriger dans mes futurs projets.

Est-ce que tu as un style de vidéo en particulier ?

Je n'ai pas de style particulier, mais une chose est sûre : je ne ferai jamais un court-métrage métaphorique qui est une critique de la métaphysique de l'humanité et qui se veut artistiquement beau, parce que le concept de... bref ! C'EST NON ! Une vidéo se doit d'avoir une histoire, même si elle peut être stupide, mais qui respecte un début et une fin.

 

Oh, au moins on sait à quoi s'en tenir avec toi ! On peut voir tes vidéos sur internet et te suivre sur les réseaux sociaux ?

Probablement... jusqu’à preuve du contraire, ha ha ! Vous pouvez voir mes essais vidéo sur ma chaîne YouTube. Je recommande « /Ctrl+HALTE » et « /Ctrl+Erika » pour commencer, même si un des projets réalisés dont je suis le plus fier est « Décalage Horaire » et qu’il ne peut pas être publié… Grrr. Pour les plus détentes, je conseille de commencer l’Arc 1 de l’Auvergne en vlog journalier. Et si on veut échanger avec moi, il suffit de me contacter directement sur Twitter ou même plus récemment sur Instagram. Dans le pire des cas, il y a mon adresse mail si jamais c’est urgent et que je ne réponds pas dans la seconde.


Je note tout ça. On parle beaucoup du passé, et au sujet de tes projets ?

J'en ai toute une liste, mais je vais éviter de développer chacun d'entre eux pour éviter le pavé.

- Continuer à écrire des fictions dans le but, pourquoi pas, d'en publier certaines en romans. D’ailleurs, j’ai pu signer mon premier roman qui sera un light novel s’intitulant « Couleur Bordeaux ». Le premier chapitre est disponible dans le magazine K!World n°16.

- Transformer certaines fictions en visual novels.

- Faire mon baptême au pays du soleil levant et au pays du matin calme... Depuis le temps que je me prépare, je me surprends à en connaître plus sur les coutumes que celleux qui y sont déjà allé plusieurs fois.

- Et surtout, un défi personnel en soi : mettre fin à ma pause de vidéaste, continuer à tourner des vidéos et développer mon aventure YouTube.

La vie nous fait parfois prendre des chemins qui nécessitent de faire des choix qui peuvent impliquer la mise en stand-by prolongée d'un projet. Le plus important est d'assumer ces choix et de les mener à bien jusqu'au bout. Même si je ne peux pas faire de gros courts-métrages, des vlogs plus accessibles et plus authentiques seraient une bonne option pour développer mon contenu et partager ce que j'aime dans une large mesure... Car même si je conçois qu'il faut effectivement faire du contenu pour grandir, ça ne sera jamais plus important que de faire un contenu qui me plaît, même si ça doit me prendre plus de deux ans !


Je comprends oui. Dernière question : as-tu une citation qui te correspond bien par hasard ?

Je suis quelqu’un de plutôt nostalgique. De ce fait : « Si seulement cette journée pouvait durer éternellement… Si seulement mon quotidien pouvait rester ainsi… Et demeurer pour toujours… »

 

Yona ferme son carnet, la tête remplie d’informations. Flint, lui, a ouvert la porte de son univers, il semble en être ravi et d’autant plus inspiré pour la suite de sa quête du progrès. Iels quittent le château qui a tout entendu, et a surtout retenu les confidences de l’artiste, et s’en vont là où le vent les mène.

Écrire commentaire

Commentaires: 0