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Rendez-vous en terres oniriques : Meian'jin

Propos recueillis par Yona

Une cabane, rien que ça.
Yona vérifie qu’elle est au bon endroit, détournant ses yeux du dessin qu’elle a dans sa main à la cabane qui se tient isolée du monde juste devant elle. Cela correspond, c’est bien son lieu de rendez-vous.

 

Seulement, elle se sent observée et traquée par des cauchemars qui se cachent dans son ombre, elle s’empresse donc d’entrer. Surprise de découvrir ce qui s’apparente à une chambre des plus basiques, elle visite la pièce du regard avant de remarquer que Meian’Jin est là, caché par la faible intensité de lumière dans la pièce.

 

En effet, les deux sont plongés au cœur de la nuit, et d’ici, on entend le sifflement des cauchemars qui passent à toute vitesse contre la cabane. Meian’Jin est assis et se il balance sur sa chaise face à un bureau trop peu éclairé. Néanmoins, l’ambiance qui se dégage de l’endroit a quelque chose de très chaleureux.

 

L’entrevue peut commencer, Meian invite Yona à s’asseoir et celle-ci commence aussitôt à poser ses questions.

Meian'Jin, c'est ça ? D'où ça vient ?

On dit que connaître l’origine des mots nous donne la force de les contrôler. Meian, c’est du japonais. C’est l’Ombre et la Lumière. Mais c’est aussi l’idée géniale. Et Jin, c’est pour la personnification. C’est donc celui qui est Ombre et Lumière.


Le ton de sa voix installe aussitôt une convivialité, renforcée par l’étroitesse de la pièce. Yona jette un œil à l’étagère dans le coin de la chambre, elle y reconnaît des livres et lance :

D’où te vient cet amour de la lecture et de l’écriture ?

Comme beaucoup avant moi, ma première saga littéraire fut Harry Potter. Et pourtant, si je salue la profondeur de l’univers, je ne porte par l’histoire dans mon cœur. Cet amour vient plutôt de ce que la lecture m’a fait découvrir. La possibilité de rêver et faire rêver. Lorsque j’ai réalisé que j’aimais écouter des histoires, j’ai commencé à me demander pourquoi. Je voulais savoir ce qui me mettait en joie, en tension, en désarroi. De là, j’ai joué au petit chimiste avec toutes les histoires qui me passaient sous la main, je les ai décantées et disséquées pour les comprendre. On s’amuse vite à jouer à dieu et j’ai pris goût à faire pousser des personnages, des lieux, des univers concrets comme on cultive un jardin. Je n’ai pas la main verte mais mon esprit est fertile.


Yona allait poursuivre mais le bruit d’un choc contre le mur l’arrête. Meian’Jin semble s’être habitué au fait que des cauchemars lui rendent visite et qu’ils se manifestent de différentes manières. Après quelques secondes de silence, elle reprend :

 

Sinon, est-ce qu’une lecture t’a marqué en particulier ?

Plus d’une lecture m’a marqué. Assurément, pas pour les raisons qu’on peut imaginer. Pierre Bottero m’a marqué pour la simplicité de ses univers et le fantasme de l’idéal qu’il projette. George R. R. Martin, au contraire, pour la complexité de son monde et ses intrigues aussi profondes qu’humaines. Akira Toriyama, pour sa capacité à créer des sagas complètes sans s’y impliquer plus que ça. Bernard Werber et sa curiosité de tout et ses élucubrations passionnantes. Danielle Steele pour ses personnages féminins impertinents au possible. Koyohiko Azuma, pour ses personnages si forts en authenticité. La famille Muraille. Lian Hearn. Eoin Colfer. Hiromu Arakawa. Amélie Nothomb. Paulo Coelho. Mika Waltari. Je pourrais y passer la journée. J’ai une mauvaise mémoire des noms, mais il me suffit de me tourner vers ma bibliothèque pour savoir pourquoi ces histoires m’ont touchés. D’ailleurs, je pourrais faire la même chose avec le cinéma, pour lequel j’ai effectué un travail d’autant plus profond qu’il est accessible.

Et concernant tes goûts, tu as un genre de lecture de prédilection ?

Je veux vivre des émotions. C’est pour ça que je veux des histoires. C’est pour ça que j’en raconte. Je n’ai pas de sujet ou de genre de prédilection en tant que spectateur. SI une histoire est bonne, elle fonctionnera. En tant que conteur, par contre, j’aime le drame.

Meian’Jin n’a qu’à regarder sa bibliothèque pour trouver ses mots, un sourire se dessine sur ses lèvres alors qu’il cite les auteurs qui lui tiennent à cœur, passant son index sur une petite pile de livres sur sa table. Dehors, la présence des êtres malfaisants se fait très subtile, comme s’ils souhaitaient être remarqués.

Par rapport à l’écriture maintenant ! s’écrie Yona. Aimes-tu sortir de ta zone de confort ? Et l’as-tu déjà fait ?

N’ayant pas de zone de confort, tout ce que j’écris est en dehors. Mais mon plus grand défi, ce sont les histoires d’amour. Celles qui finissent bien. Je l’ai fait à plusieurs reprises ces dernières mois et je ne suis pas peu fier du résultat. Quand on crée dangereusement, tout est à la fois accessible et intangible.

 

Quant au travail, as-tu une façon particulière de t’y mettre ?

La discipline est rarement invitée à ma table. Je suis admiratif de celleux capables de se conditionner au travail par une routine. Je subis le caprice de mes envies. Ce n’est pas faute d’avoir une grande volonté, j’ai, sur d’autres sujets, une rigueur à toute épreuve. Mais pas sur la création. C’est lorsque mon esprit vagabonde qu’il est le plus actif.


Meian'Jin tourne légèrement sur son siège à roulettes, jetant un œil à son bureau en désordre. Ses idées semblent s’éparpiller un peu partout sur la table, posées sur le papier. En réalité, une partie de lui plane complètement dans l’air et ça se ressent complètement. On y est à l’étroit, mais c’était bel et bien sa bulle à lui. Ce n’est donc pas qu’une cabane.

Tu as peut-être d’autres passions ?

Conter. Je ne suis pas très loquace dans la vie de tous les jours, mais lorsqu’il s’agit de raconter, j’y passerai la journée. J’aime me cultiver et comme disait l’autre, la culture, c’est comme la confiture, moins on en a, plus on l’étale. Alors je me garde de dire des sottises et je pèse le poids de mes mots. Le cinéma, les jeux vidéos et, régulièrement, le sport. Rien d’assez original pour justifier plus de palabres.


Maintenant, dis-moi, toi qui prônes la créativité, comment la définis-tu ?

Plutôt que la créativité, je prône l’inventivité. Créer, cela induit la naissance d’un concept unique. Or, je ne m’oppose pas au recyclage d’idées. L’inventivité, c’est le renouvellement. Bien sûr, la joie — futile — d’être à l’origine d’une idée vierge, c’est grisant. Néanmoins, nous sommes né·es trop tard pour prétendre créer du neuf de manière absolue. Mais nous ne serons jamais trop vieux pour essayer de rêver différemment.

À l’écoute de ces mots inspirants, Yona prend note dans sa mémoire de tout ce qu’elle peut retenir sur Meian’Jin. Elle finit par le quitter, enchantée d’avoir pu entrer dans son cocon. En Orbesonge, tout le monde a le pouvoir de se sentir chez soi.

 

Retour en terres plus réelles

En arrivant par ici, on ne peut que garder le silence pour contempler ce paysage merveilleux. Ce genre d’endroit où le temps semble s’arrêter, où l’on peut profiter des bruits de la nature, du moindre geste d’une feuille au son du vent se faufilant entre les milliers d’arbres. Meian’Jin est là, debout. Il a bien raison d’admirer le sentier forestier appuyé contre un muret. Cet appel de la nature n’est pas accompagné d’un grand silence, quelques curieux se trouvent par-ci par-là eux aussi. Cela dit, cet environnement ne fait que renforcer le goût de l’aventure.

Yona le rejoint, elle se place à côté de son camarade pour constater de la douce chaleur des rayons du soleil. Ils profitent du spectacle encore quelques secondes sans dire un mot puis Yona finit par se lancer :

Maintenant qu’on est là, comment as-tu connu Orbesonge ?

Il m’arrive d’oublier mon anniversaire, alors je ne donnerai pas de date. Mais il y a quelques années, lors d’une convention dans le sud de la France, j’ai vu un stand sur lequel se tenaient des gens en costume. J’ai été intrigué par l’authenticité qui se dégageait de leurs personnages. Je les ai abordés puis contactés puis rejoints. Nos chemins se sont séparés quelque temps avant que nous nous retrouvions récemment. Une vraie romcom.

 

Et dire que maintenant ça fait 3 ans que tu es des nôtres ! Tu cherchais quelque chose en particulier en Orbesonge ?

Je cherche à vivre le rêve. Dans le rêve lucide, on est libre du monde. La seule limite, c’est l’esprit. On ne muscle pas l’esprit comme le corps. Et cette expérience unique offre le loisir d’explorer la limite de soi. Ce que je cherche, c’est moi au fond. Comprendre mes limites, les tester, les dompter, le repousser.

 

Au final, quelle est ta mission ici ?

Ma mission est principalement liée à l’Écriture. C’est vaste. Je suis payé à la plume. En ce moment, je travaille avec les Pionnier.es sur des histoires à raconter. Quelque chose qui devrait plaire aux plus rêveurs d’entre nous.


Génial ça ! J’ai hâte d’en savoir plus !

Le paysage est vraiment trop précieux pour être ignoré. C’est simple, mais parfois la simplicité est capable d’une grande puissance...

Hormis des forêts, de quoi t’inspires-tu ?

Je m’inspire de ceux qui savent, de ce qui me fait vibrer et de mon quotidien. L’incroyable surgit du commun. L’aventure commence là où on la laisse éclore. Un univers cohérent se base sur des règles strictes pour se laisser toutes les libertés, de même que l’extraordinaire naît du banal. De là, ma source d’inspiration principale c’est le monde réel. J’y prélève mes échantillons et j’expérimente en rêve.


Tout ce que tu dis fait déjà rêver ! Tu comptes continuer de nous transporter, n’est-ce pas ? Tu peux me parler de tes projets futurs ?

Je veux raconter des histoires. En roman, en vidéo, en Jeu de Rôles… Ce sont des projets qui sont en cours, qui avancent au gré du temps. J’écris un JDR depuis presque dix ans, un roman depuis quelques mois et à l’initiative de l’association, je partage mes connaissances sur les engrenages qui composent une histoire en conférence, et bientôt en vidéo. Qu’importe le média, je veux faire rêver les rêveur·ses. Voici quelques uns de mes textes.

 

Il lui tend deux feuillets : Madame Carnaval et L'Ancien.


Merci dans ce cas, on compte sur toi.

Parce que tout le monde en a le droit, et surtout parce que l’imagination ne fait que nous surprendre, certain.es sont là pour nous faire rêver. Ils nous transportent à travers des mots, qui eux donnent vie à des univers nous accueillant à bras ouverts. S’ensuivit une discussion entre deux personnes, la brise faisant virevolter la magie d’un moment majestueux au-dessus d’une forêt couvée par le soleil, prêt à s’élancer dans le ciel pour nous inspirer.