Causerie rêveuse #7 - L’Art à l'école

Par la Team

Retrouvez chaque mois un entretien entre nos onironautes autour d'une thématique liée à l’art, la psychologie, la philosophie, le rêve ou tout autre sujet digne de réflexion.

Arcaël, le classicisme scolaire : Je ne vais parler que de ce que je connais, l'art dans le cursus scolaire classique. La 1° question que je me pose avec ce thème est : est-ce que l'art est important dans l'éducation ? Oui. Nous apprenons beaucoup par l'art comme par le jeu. A la maternelle, il me semble qu'on en fait beaucoup sans forcément le nommer ainsi. Ensuite, en primaire nous apprenons des poésies et étudions le français grâce à des œuvres. Au collège, nous avons de la littérature ainsi que de l'art plastique et des cours de musique. Pour ces deux derniers, je trouve les cours très lacunaires et d'aucun ne les considère que comme des matières bonus. Je n'ai rien appris lors de ces cours. Ensuite, vient le lycée et nous n'avons plus que de la littérature. L'art à l'école est présent mais peut-être sous exploité dans son utilité pour l'apprentissage. Qu'on ne nous l'enseigne pas en tant que tel me va car serait mal fait. Si l'art est important pour quelqu'un, il doit s'investir personnellement.

Aoi et les artistes tombés du ciel : J’ai fait option lourde en art plastique et si j’ai appris les références nécessaires à l’écrit du bac, j’ai l’impression d’avoir survolé le monde de l’art. Et je ne parle même pas de la pratique. Il m’a fallu suivre des cours à l’extérieur chez un artiste peintre pour progresser et ça s’est même poursuivi à la fac avec les mêmes problèmes : pas de réelle formation, l’étudiant doit savoir et s’il ne sait pas étudier par lui-même… De fait je trouve que dans l’éducation de l’art, on préfère laisser « libre cours à l’imagination » des élèves que de leur donner un réel enseignement, ce qui donne plutôt un aspect récrée aux matières et justifie leur caractérisation de matières « bonus ». Autre exemple tout bête pour l’art plastique : faire apprécier à ses élèves l’art contemporain. J’aime l’art figuratif en général, je suis donc plus sensible à un beau tableau représentant une scène, un portrait ou un paysage qu’à de l’art abstrait. Et au lieu d’expliquer la démarche de façon complète, on a des discours qui se limitent à « c’est récent donc c’est mieux que ce qu’il y avait avant car ça le remet en question » mais en quoi ? Juste survoler ça ne donne absolument pas envie de s’y intéresser d’avantage.

 

 


Mister Flech et sa petite cuillère : Je me souviens encore de mes cours d'art plastique où il fallait déguiser une petite cuillère, cependant, à l'époque déjà, il y avait une différence entre les élèves qui dessinaient bien, et les autres (je m'inclue dedans). Les cours d'art plastique étaient amusants, créatifs, mais peut-être pas assez méthodologiques. Souvent, l'art est une matière secondaire par rapport au français, aux maths, aux langues étrangères, aux sciences et à l'Histoire-géographie. Pour l'approfondir, il faut souvent prendre des cours extra-scolaires. Certes, il nous arrive parfois de faire des visites dans des musées ou d'étudier l'histoire de l'art, mais à une ère où la culture est de plus en plus accessible, on a parfois l'impression que l'école ne nous y sensibilise pas assez. Et c'est à soi-même d'être curieux et de découvrir l'art qui nous saisit.


Eimiel et la réalité du système : Comme je fais partie du système, je vais commencer par prendre la défense de l'école pour que l'on n'oublie pas que l'école inclusive d'aujourd'hui nécessite de toucher un large public et de lui présenter les bases du concept énorme qu'est l'art. Tout le monde a fait des Arts Plastiques au cours de son cursus, du moins au collège, et outre le fait de coller des trucs ou d'apprendre la perspective, je pense que le but de cet enseignement et de nous montrer que l'art n'a pas de limites, ou du moins sont celles que l'on se fixe. Mais comme tout, avant de se lancer il faut apprendre à maîtriser les bases. Alors oui, ça peut paraître inutile parfois de décorer des petites cuillères comme disait Flech, mais à travers chaque activité c'est une sensibilité propre à chacun qui nous permet d'en tirer quelque chose. Je pense que l'école est là pour nous montrer le champ des possibles, et libre à chacun de prendre son chemin pour en faire quelque chose de bien pour soi.


Keep : n'est-il art que l'art contemporain ? J'ai rarement eu le sentiment que mes cours d’art avaient un sens et une utilité dans mon cursus scolaire. Il n'y a qu'en 6ème que j'ai eu droit à de vrais cours mêlant créativité libre ET apprentissage technique. Au lycée, le professeur était… disons qu'il correspondait parfaitement aux caricatures d'artistes. Selon lui, le dessin n'était pas de l'art, il me l'a fait savoir dès la première année, ce pour quoi nous étions en profond désaccord. Nous avons eu droit à chaque cours à une heure libre surveillée où on est censé répondre à un sujet par le biais de "l'art". Curieusement, c'est quand j'essayais de le provoquer qu'il se montrait satisfait de mes propositions.

→ On doit ramener une chaise de chez soi pour en faire une œuvre (bonjour la galère dans le car scolaire) ? Je ramène une chaise de la classe d'à côté avec pour justification que ses mots exacts sont "ramenez une chaise qui ne vient pas d'ici" et que par "ici" on peut comprendre "cette classe". Au final, j'ai fini par comprendre. Il ne s'est retrouvé professeur que parce qu'il n'a jamais pu vivre de son art et illustre parfaitement ce que je reproche à l'art que j'ai connu à l’école : une prédominance marquée pour l'art contemporain dans ce qu'il fait de pire.


Raxa ou aiguiser sa vision critique : Pour avoir failli entrer dans le monde de l'art à l'école moi-même je dois avouer en être assez dégoutée. Pour moi l'important de l'art à l'école n'est pas d'apprendre aux élèves à développer une pratique spécifique, et avant qu'on ne me tombe dessus je m'explique. Certains auront une sensibilité à l'art (musique, dessin, écriture etc.) et d'autres auront leur sensibilité ailleurs et le but de l'école pour moi est de donner les bonnes bases à tous afin de pouvoir trouver sa voie et être critique sur le monde qui nous entoure. Donc on teste les choses et on affine petit à petit les années passant avec les options et plus tard peut être un cursus de fac ou une école spécialisée ou encore des cours extérieurs.  Les enseignants ne devraient pas faire avaler bêtement des savoirs sur ce qu'ils considèrent être l'art mais poser des bases. De fait, parmi les enseignants, surtout en art, il n'y a pas de ligne directrice établie, on cherche les résultats : obtenir un diplôme et pouvoir recracher des des savoirs sans réfléchir, car il ne faut pas oublier que l'art est une expérience qui se vit et non pas qui s'acquière.

Kurosacha et les arts, ces sous matières... : Pour ma part, je pense que le système scolaire dans les collèges et lycées tel qu'il est actuellement est obsolète, il hiérarchise les matières là où il ne devrait pas y avoir de distinction. Personnellement, ayant fait un bac S, j'ai appris les mathématiques pendant 12 ans, du CP à la Terminale. Pourquoi les mathématiques et pas la cuisine ou le dessin ? En effet, des gens qui ne se dirigent vers un métier artistique qu'au moment de leur procédure APB doivent tout apprendre de (presque) zéro, ou alors travailler pendant leur temps libre. Alors que ceux qui veulent faire de l'ingénierie ont déjà 12 ans d'expérience en maths qu'ils ont acquis principalement à l'école. Lien intéressant. Cette hiérarchie ne devrait pas exister selon moi, et en théorie, les arts et la créativité servent tout autant (sinon plus) à construire l'individu que les maths et le français. Ils nous entourent (cf. Flech et Arcaël) et on devrait les pratiquer avec autant d'assiduité et de sérieux que d'autres matières. Je suis tout à fait d'accord que les cours d’arts plastique et musique gagneraient à être améliorés et valorisés, et je suis d'accord avec Flech et Aoi. Mais c'est là le problème… en pratique, quels arts va-t-on enseigner ? Avec quelle approche ? Technique comme ce que dit Aoi ou sensible comme ce que préfère Raxa ?

Meian'Jin ou l'évolution de la pratique artistique L'école est le lieu de l'apprentissage par définition. Les connaissances que nous y apprenons ont en commun qu'elles permettent une compréhension globale et de surface de notre monde. A l'école, nous apprenons à apprendre. L'art est une méthode d'expression universelle et culturelle qui nécessite un outil et un support, sans que ni l'un ni l'autre n'aient à être prédéfini. L'école a donc décidé de conserver son rôle primaire et d'intégrer dans son paysage d'apprentissage cette discipline élémentaire qu'est l'art. L'art à l'école ne se différencie pas de la biologie dans son approche. Il est étudié de manière méthodologique, de différentes manières selon le niveau et échelonné selon la réceptivité de l'élève. En maternelle, l'art est imagination. En primaire l'art est expression. Au collège, l'art est observation. En étude supérieur l'art est discipline. Et sur un cursus entier, ce cheminement me semble logique. Ce n'est donc peut-être pas le système qui est à remettre en cause, mais l'approche de chacun.

Mercantille, l'art comme clef de réflexion : Personnellement je trouve que les cours d'art plastique ne sont pas d'un grand intérêt même s'ils restent nécessaires dans l'apprentissage. Je me souviens qu'on étudiait quelques techniques assez basiques (dégradés, perspective, effets de textures) mais elles permettaient un éveil à l'art en général, pas que le dessin. Comme pour n'importe quel cours il faut savoir être assez pédagogue et passionné pour transmettre son intérêt pour un sujet à ses élèves. L'art est présent dans toutes les matières, il faut donc qu'il reste enseigné. Dans un monde idéal on pourrait peut-être permettre plus facilement des sorties dans des musées ou à des événements culturels pour les enfants même si évidemment la réalité financière des établissements est loin d'être idéale, en plus du fait que l'art et la culture ne sont plus des priorités pour faire de futurs citoyens dociles.


Kashmyr ou l'art inhérent  : Pour commencer ce n’est pas l’école qui m’a donné un goût pour l’art, je suis née dedans, et dessiner ou pratiquer toutes sortes d’activités artistiques était pour moi un moyen d’expression nécessaire. De ce fait, j’ai du mal à voir comment on peut avoir un déclic à un âge avancé au cours d’une démonstration, ou d’un exposé. Selon moi c’est une force qui vient d’au-delà du simple intérêt, c’est un besoin. Donc l’Art et l’école… je pense que l’Art ne s’apprend pas. C’est son histoire, et les techniques découvertes à travers elles qui s’enseignent. Peut-on vraiment le limiter à une simple matière à enseigner ? En fait il y a plein de forme d’art différentes… On peut manifester quelque chose d’artistique dans une discipline sportive, ou même scientifique…  En bref, je pense qu’on a une vision biaisée de l’Art, et cette vision en partie transmise par le système éducatif fausse les gens en leur offrant une idée préconçue des Arts.

(à mettre en vitesse 1.5)

Blue baigne dans l'art : Mon expérience rejoint celle de Kashmyr : l'école ne m'a pas initiée à l'art, je baignais déjà dedans grâce à mes parents. J'ai tout fait de mon propre chef parce que j'admirais mon grand-père artiste-peintre et sculpteur que je n'ai jamais connu et dont on me parlait beaucoup. Je regrette que l'école ne mette pas des disciplines telles que le dessin et la musique à l'honneur. Je n'ai jamais eu envie d'aller en cours d'arts-plastiques ou en cours de musique. Je n'y ai rien appris, tout comme Arcaël. Mais je vais vous donner un exemple qui donne un peu d'espoir. Au Danemark, les matinées sont réservées aux matières théoriques, et les après-midis aux matières pratiques, enseignées par des professionnels. Les enfants touchent à TOUS les arts et sports pendant leur cursus scolaire. L'école en France ne va juste pas assez loin dans cet apprentissage fondamental. Elle n'est pas une priorité, de toute façon, pour le gouvernement actuel. Je vous laisse avec un lien d'une conférence gesticulée sur la culture populaire, dispensée par Franck Lepage, dont je partage le point de vue sur ces questions.



Et vous, que pensez-vous de l'art à l'école ? Participez à notre causerie en laissant un commentaire :

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Commentaires : 1
  • #1

    Belphégor de l'ESIP (samedi, 04 novembre 2017 23:13)

    Ma petite réponse sur mon blog:
    https://wordpress.com/post/belphegordelesip.wordpress.com/47

    Merci de vos témoignages, tous très intéressants.